Home Rencontres “Avec l’arrivée des véhicules électriques, les gens ont commencé à se poser la question de l’impact de leur véhicule”

“Avec l’arrivée des véhicules électriques, les gens ont commencé à se poser la question de l’impact de leur véhicule”

Par Retrofit-Daily

Interview de Cécile Goubet, secrétaire générale de l’AVERE (l’association nationale pour le développement de la mobilité électrique) qui revient avec nous sur l’évolution du marché des véhicules électriques, les innovations à venir… Mais aussi sur les conditions à réunir pour un changement de profils chez les acheteurs.

véhicules électriques
Portrait de Cécile Goubet, secrétaire générale de l’Avere.
Photo : Avere

 

Q/ Les ventes des véhicules électriques d’occasion ont bondi de +55% en 2019. Cela signifie-t-il que le profil d’“Homo Electricus” est en train d’évoluer ?

Cécile Goubet : 

Absolument. Avoir un marché de l’occasion pour les véhicules électriques permettra de massifier la mobilité électrique. Le véhicule électrique est arrivé sur le marché il y a 10 ans. Et ce qu’on essaie de faire depuis plusieurs années, c’est justement d’augmenter les ventes de véhicules électriques neufs, notamment avec les flottes d’entreprises, parce qu’au bout de 2 à 3 ans, ces véhicules se retrouvent sur le marché de l’occasion. Ce qui permet d’avoir des véhicules électriques abordables.

Et ce qu’on a pu observer avec les études de nos antennes régionales, c’est que pour ceux qui passent au véhicule électrique, celui-ci devient le véhicule principal du foyer, notamment quand on arrive à des niveaux de 350, 400 km d’autonomie. C’est d’ailleurs l’autonomie proposée sur les véhicules neufs d’aujourd’hui. La montée en puissance de cette technologie fait évoluer avec elle le profil de l’acheteur.

Un Français achète son premier véhicule neuf après 55 ans. Pour les jeunes, on sait qu’ils ont plus de facilité et d’appétence pour les véhicules électriques. Le problème pour eux, c’est le prix. Il faut donc continuer à faire grossir le marché de l’occasion.

 

Renault zoé
Une Renault Zoé, voiture électrique la plus en vendue en France en 2019. Sur un point de charge de l’ancien Autolib à Paris.
Photo : Avere

Q/ On a beaucoup parlé du projet de l’Airbus de la batterie à Nersac en nouvelle Aquitaine prévu en 2021, puis dans les Hauts de France en 2023. A quelles problématiques ce projet historique répond-il ? Et quels résultats pouvons-nous en espérer ?

CG : 

Il y a évidemment la question de l’indépendance énergétique par rapport au pétrole. Il y aussi le sujet de la création d’emploi avec la captation de la valeur de ce que représente la mobilité électrique. Pour finir, la maîtrise globale de la chaîne, y compris le recyclage et la seconde vie des batteries, est tout aussi important. 

Il faut ajouter que l’impact en CO2 de la production des batteries en France, est déjà extrêmement bas. Ce qui améliore évidemment l’empreinte écologique du véhicule électrique qui est déjà 3 à 4 fois inférieure à celle d’un véhicule thermique. Sans oublier qu’en Europe, l’objectif est d’arriver à un système décarboné d’ici 2050 de la filière électrique. Ce qui rendra la production des batteries encore plus vertueuses dans les prochaines années.

A l’horizon 2035 on prévoit 50% du parc des véhicules en électrique en France, soit près de 16 millions de véhicules. Cette montée en puissance dans les 10 prochaines années sera donc décisive au niveau de l’emploi.

 

Lire aussi : “Avec le rétrofit, on peut changer un peu le monde et on risque d’y arriver”

Q/ Plusieurs appels à projets portant sur la conception, la production et l’usage de systèmes à hydrogène, ont été lancés en France. Doit-on imaginer qu’à terme, l’hydrogène remplacera les batteries électriques auprès des particuliers ?

CG : 

La filière de l’hydrogène repose sur des piles à combustible, ce qui pour nous, rentre dans la mobilité électrique. Le seul scénario qui permet de rester en phase avec l’objectif de +1,5°C, implique pour les véhicules particuliers d’être à 100% électriques. Ils seront majoritairement équipés de batteries, dont une petite partie à l’hydrogène. C’est à peu près identique pour les VUL (véhicules utilitaires légers). Mais un peu plus contrasté pour les véhicules industriels (poids lourds, bus…). Comme la filière hydrogène avance très vite, on sait maintenant qu’à terme, les deux vont co-exister. Et comme pour les batteries électriques, tout va se jouer sur le développement des infrastructures de ravitaillement.

 

 

Q/ Quelles sont les dernières innovations en matière de batteries électriques ? Et quoi dire aux Français qui pensent que les batteries sont polluantes ? 

CG : 

(rires) Pour ça on a un super document qui s’appelle “Stop aux idées reçues” ! Il faut rappeler qu’on a doublé la capacité des batteries en l’espace de 5 ou 6 ans. Les nouveautés concernent aujourd’hui les batteries à électrolyse solide, avec le sodium ou le graphene. Ce qui permettra d’augmenter encore la densité énergétique des futures batteries comme l’autonomie ou la capacité de recharge.

Il ne faut pas oublier l’Analyse du Cycle de Vie des batteries, le fameux ACV. Ce qui est super avec l’arrivée de la mobilité électrique, c’est que les gens ont commencé à se poser la question de l’impact de leur véhicule (électrique). Ce qui serait bien, c’est que les gens se posent maintenant aussi la question de l’impact de leur véhicule essence ou diesel !

Et aujourd’hui, la seule technologie qui s’est vraiment posée la question de l’ACV complète de sa production, c’est justement celle du véhicule électrique. Au global, on émet 3 à 4 fois moins qu’avec un véhicule thermique… 

Avec l’industrialisation de la production des batteries, la production de CO2 a justement été divisée par 3. Et pour descendre encore plus bas, il faut maintenant miser sur le recyclage et l’économie circulaire de ces batteries.

Pour les terres rares, les batteries n’en contiennent pas. Il n’y a que du cobalt qui est recyclable, et dont l’approvisionnement peut être responsable. Certains constructeurs planchent déjà sur les moteurs électriques, sans aimants, qui n’utilisent pas de terres rares. … La mobilité électrique avance à grands pas !

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